guitarbites

Johnny guitares

Il sait tout d’elles. En quarante ans de carrière, John McLaughlin a réussi à dompter les notes. En prendre une au hasard puis oublier son nom. En explorer toutes les nuances. Inventer pour elle des centaines d’instruments. La faire jouir doucement, en acoustique. Puis ardemment, en électrique. « Une note veut exister, dit-il, sa Gibson à la main. Ecoutez-la pleurer en glissando, crier à 400 décibels, soupirer, sursauter, résonner, jusqu’à ce qu’elle soit épuisée. » 

Au nom de la « note », John McLaughlin, 62 ans, a tiré un trait sur les genres. Il a mêlé le rock au jazz, le jazz à la musique indienne, la musique indienne à Beethoven. On l’a vu au côté de Miles Davis, de Jimi Hendrix, de Ravi Shankar, de Wayne Shorter. On l’a revu comme leader, se déchaînant dans les affres psychédéliques du jazz-rock, explorant de ses cordes les virtuosités charnelles du blues et du flamenco, puis, en position du lotus, construisant des mandalas de sons sur des vagues de raga indiens. 

Personne n’avait réussi, à ce jour, à concentrer en un seul ouvrage les centaines d’expériences de ce musicien éclectique. Claude Nobs, le patron du Montreux Jazz Festival, y est parvenu. Depuis 1974, ce fou de musique a enregistré le guitariste à chacun de ses passages. Maintenant, ces bandes historiques ont été rassemblées dans un coffret de 17 CD. Visite guidée par John McLaughlin de trente ans de carrière et de concerts à Montreux. 

Mahavishnu Orchestra, concert enregistré en 1974. « Il faut d’abord remonter à 1969. Je reçois un coup de téléphone de New York: le batteur Tony Williams veut que je joue dans sa formation. Le rêve! A l’époque, je suis un guitariste anglais quasi inconnu. Deux jours plus tard, je me retrouve chez mon héros, Miles Davis, en train de « b?uffer » avec Chick Corea et Joe Zawinul. Miles aime mon jeu, au point que, le lendemain, nous enregistrons In a Silent Way. A partir de là, c’est un tourbillon. Wayne Shorter me propose de rejoindre son groupe, les Weather Report, mais Miles insiste pour que je reste avec lui. Que faire? Je continue les enregistrements avec Miles puis, sur un coup de tête, j’abandonne tout avec l’envie de réaliser mon projet et je crée le Mahavishnu Orchestra. 

En 1972, nous sommes en tournée. Le public est enthousiaste, c’est un triomphe. Nous envahissons les stades avec de puissantes vagues électriques. La terre tremble. Nos morceaux durent parfois quarante minutes. Ils incorporent la violence abrupte du rock et la virtuosité du jazz. Le groupe se sépare en 1975. Je continue à suivre les enseignements d’un gourou indien aux Etats-Unis, Sri Chimnoy [l’autre disciple est Carlos Santana]. Il me surnomme « Mahavishnu » et m’initie à la spiritualité indienne. Je prends des cours de veena [instrument à cordes indien], tout en étudiant la théorie musicale avec Ravi Shankar. L’électrique me séduit de moins en moins; je rêve de la douceur acoustique de la musique indienne. » 

Shakti, concerts enregistrés en 1976 et 1997: « J’ai abandonné les cours de veena: je suis un guitariste! Mais mon instrument ne me permet pas de reproduire tous les tons de la musique indienne, ni ses résonances et ses complexités rythmiques. Je travaille alors pendant deux ans avec des luthiers et un professeur de biophysique, inventant un modèle de guitare à partir d’une Gibson. Cette créature s’appelle « Our Lady ». C’est la guitare qui donnera ce fameux son « shakti », un mélange de sonorités jazz et de mysticisme musical indien. Pour la première fois de ma vie, je pars en Inde, où je rencontre le percussionniste T. H. Vinayakram. Pour Carlos Santana, le groupe Shakti a joué la musique la plus intense qu’il ait entendue depuis la mort de John Coltrane. C’est vrai. Mais je suis déjà ailleurs: l’harmonie, absente de la musique indienne, commence à me manquer. » 

One Truth Band, concert enregistré en 1978. « Je reviens à la musique occidentale. Je brandis ma guitare électrique et L. Shankar me suit dans l’aventure avec un violon amplifié de sa création. On crée un quintet totalement fusion: jazz, rythmes latins… Pour souligner ce retour endiablé, j’enregistreJohnny McLaughlin, Electric Guitarist avec, en invité, Chick Corea. » 

Duo avec Chick Corea, enregistré en 1981. « Il est rare d’entendre un duo piano-guitare acoustique. L’expérience avec Chick a été formidable. On a collaboré plusieurs fois. Je me souviens en particulier d’un trio qu’on avait créé en 1975 avec Stanley Clarke et d’une chanson qu’on a dédiée à Coltrane, Song to John. » 

Duos avec Paco de Lucia, enregistrés en 1987 et 1996. « Je le connais depuis 1979. A l’époque, je m’installe à Paris et je l’entends à la radio. Coup de foudre: je suis fan de flamenco depuis toujours. Il me rejoint de Madrid. Larry Coryell s’unit à nous, puis Al Di Meola le remplace. Je joue sur une Stock Ovation avec des cordes en Nylon. Al possède la même, mais avec des cordes en acier. Paco reste fidèle à sa guitare flamenca, une Hermanos Conde. On nous définit comme le trio le plus rapide du monde, mais sa beauté n’est pas la virtuosité. C’est plutôt le triomphe de la guitare acoustique, qui rend possible une conversation intime. Celle-ci dure encore aujourd’hui. » 

The Free Spirits, concerts enregistrés en 1993 et 1995. « Un trio jazz avec Dennis Chambers à la batterie et Joey di Francesco à l’orgue Hammond. C’est une étape importante de ma carrière, car je laisse derrière moi le rock. Je joue en électrique, mais dans un style très jazz, mélodieux comme celui du guitariste Charlie Christian, orageux comme l’était le batteur Elvin Jones. » 

Duo avec Carlos Santana, concert enregistré en 1993. « Nous nous connaissons depuis 1972, où nous avons enregistré immédiatement Love, Devotion, Surrender. Nous avons appris l’épure ensemble. On m’a parfois accusé de jouer trop de notes. Avec l’âge, j’ai compris: Less is more [moins on en fait, mieux c’est]. Voilà une des grandes leçons du jazz et de la musique indienne. » 

Article source: http://www.lexpress.fr/culture/musique/johnny-guitares_488756.html

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