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L’atelier guitare de Jean-Christophe Rabeau et Éric Buannic a …

Éric voulait une guitare manouche, « mais avec des sonorités particulières ». Il a rencontré plusieurs luthiers : « Ils me disaient que ce que je voulais, ça ne se faisait pas. » Puis il a croisé par hasard la route de Jean-Christophe. « Il m’a fait ce que soi-disant on ne faisait pas. » « C’est mon premier client ! », ajoute Jean-Christophe. Ce morceau de vie est parti de là.

Des guitares sur mesure

Jean-Christophe, 47 ans, est chimiste chez L’Oréal. Son gagne-pain. Mais à côté des formules scientifiques, il a une passion : fabriquer des guitares. Un jour, il y a quatorze ans, il a été déçu par l’instrument qu’il avait commandé chez un luthier. Le déclic. Il s’est dit qu’il fallait qu’il fabrique une guitare lui-même. « J’ai fait une formation vers Béziers, chez Claude Fouquet. » Puis il a continué dans son sous-sol, chez lui. Jusqu’à ce que germe l’idée de lancer une association avec Éric, « L’atelier guitare Vichy ».

« Si on s’est mis en association, c’est par passion, je ne cherche pas à m’enrichir. Je n’arriverai jamais à rentabiliser tout ce que j’ai investi. Je suis ici pour me vider la tête. Il y a des gens qui courent, moi je fabrique des guitares. »

Une passion dévorante qu’il souhaite partager avec les autres. « Ce que je recherche, c’est le contact avec les gens, qu’ils viennent ici en confiance. » Dans son atelier, Jean-Christophe compose ses créations sur mesure. « Je fais des guitares que j’aime et que je mets en présentation mais je travaille également sur commandes. Dans ce cas, je reçois la personne. Je vais écouter sa façon de jouer, j’essaye de savoir ce qu’elle recherche comme sonorité : plutôt jazz, classique, manouche, etc. Et par rapport à ça, je vais adapter le bois. »

Même si la guitare n’est pas une science exacte, ce chimiste de formation s’efforce de travailler minutieusement, au plus juste, au plus près du désir des gens. Il peut façonner une dizaine de variétés différentes. « Au départ, ce sont deux planches de bois que je mets en séchage. On va avoir une sonorité différente selon le bois que l’on va travailler. » Puis il assemble le fond et les éclisses, le manche, la touche, les chevalets, les cordes. Et enfin, le vernissage et la peinture. Armé de patience, il faut en moyenne une centaine d’heures au luthier pour fabriquer une guitare. « Je pourrais travailler à la chaîne mais qu’est-ce que j’aurais à apporter par rapport aux marques habituelles ? » Jean-Christophe est à l’atelier le matin ou le soir, jonglant avec le planning de son « vrai » travail. Il fait aussi beaucoup de réparations et de réglages de guitares. Les journées sont ainsi très chargées. « Mais ici, pour moi, ce n’est pas du travail. »

« Cloué dans un lit d’hôpital, la guitare est devenue mon amie »

Dans la pièce d’à côté, à mesure que le luthier bichonne ses instruments, Éric l’accompagne en musique. Ce musicien de 41 ans donne des cours, aide des petits groupes, fait des arrangements… Victime d’un grave accident lorsqu’il avait 15 ans, il a perdu la vue. Cloué dans un lit d’hôpital durant des mois, il s’est mis à la guitare. « J’étais déjà dans la musique depuis l’âge de 5 ans. Quand je suis resté à l’hôpital pendant longtemps, je ne pouvais pas lire, ni regarder la télé, donc j’ai commencé à gratter et la guitare est devenue mon amie. »

Éric a fini par donner des cours. Aux copains, d’abord. Puis à un public plus large. « Le but en montant notre association, c’était d’avoir tout ce qu’on peut faire autour de la guitare. » Les deux hommes sont complémentaires. Comme un duo de musiciens, ils s’accordent à merveille. Et n’hésitent pas à faire jouer la corde passion.

Julien Moreau

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