Antonio Rey et Miguel Poveda: l’orage, le cante et la guitare ont …

02/07/2014 | «Ce n’est pas ce à quoi on s’attendait». Cette première soirée au Café cantante tant dans sa première partie, que dans la seconde, aura étonné plus d’un spectateur.

C’est donc la quatrième fois qu’il venait à Arte Flamenco. Pour lui, «le meilleur festival du monde». «De verdad» («vraiment»), rajoute-t-il, à l’attention de ceux qui douteraient de sa sincérité. Ce n’est donc pas sans fierté qu’Antonio Rey, guitariste virtuose, venait présenter son dernier album «Camino al alma», mardi soir sur la Scène du Café Cantante. Un album qu’il considère comme l’aboutissement de ce à quoi artistiquement il souhaitait parvenir. «Même s’il me reste des expériences à faire, je suis allé où je devais aller». Un chemin qui aura déstabilisé une petite partie du public landais.

Il ne fallait en effet pas s’attendre à un récital de “flamenco puro”. En effet, sur scène au coté de l’artiste, élève du grand et regretté Paco de Lucia, une autre guitare, une cantaora, des palmas, un cajon mais aussi une batterie, une basse, un synthé et un violon.

Interprète de la deuxième partie de soirée, Antonio Rey aura cumulé en début de spectacle quelques soucis techniques, gâchant un peu les premières interprétations de son concert. Pourtant, malgré cela, il n’y a pas de doute possible, l’homme de 33 ans, que le public montois a vu grandir et évoluer, est un grand parmi les grands. Mêlant du bout des doigts, subtilité, virtuosité, force, lyrisme et frénésie, la rapidité et la précision de son jeu est hypnotique pour les yeux, jouissif pour les oreilles. Si la qualité du musicien ne fait pas débat, les compositions originales, flirtant parfois avec un flamenco aux accents jazzy donnés par la basse ou le frottement des baguettes balais sur les cymbale de la batterie, ont pu déstabiliser ou, à tout le moins, surprendre une partie du public. Il en va de même de quelques grands élans lyriques ou romantiques du violon.
Si quelques spectateurs sont partis en cours de concert, lassé de ne pas entendre le flamenco puro qu’ils attendaient, peut-être à tort, les autres spectateurs se sont levés pour saluer l’artiste en fin de concert. Ceux-là suivent le projet musical d’Antonio Rey, et applaudissent des deux mains le thème « Alma », duo entre sa guitare et le violon, qu’il reconnaît lui même ne pas être du flamenco, mais la quintessence de ce qui artistiquement le définit le plus. «C’est au delà du flamenco, une chanson romantique, celle du rêve impossible», décrit-il. Une chanson que, lors du concert, il a dédié à Sandrine Rabassa, directrice artistique d’Arte Flamenco, preuve de son bon état d’esprit malgré les quelques difficultés techniques, et les interférences des orages de la soirée.

De taranta en alegria, de tango en soleaA l’opposé, ceux qui auront été déstabilisés par la performance d’Antonio Rey, ont sans doute vécu une belle surprise avec Miguel Poveda, et son «Recital de cante», qui a enflammé la première partie de soirée. Il y a interprété dans la plus grande fougue, comme dans la plus grande introspection parfois, des palos majeurs du flamenco. De taranta en alegria, de tango en solea, il a essaimé un répetoire traditionnel mélant à l’ensemble une touche de modernité, faisant oublier ses origines bien plus catalanes qu’andalouses à l’assistance.
C’était une première pour lui à Mont-de-Marsan, un succès sur scène, qui a tout de même laissé un goût amer en coulisse. Les difficultés techniques du concert Atonio Rey étant liées aux exigences de la mise en plateau du cantaor Poveda et de son manager, à l’image de sa demande d’inverser l’ordre de la programmation des deux artistes quelques heures avant la soirée. Des (petits) couacs techniques, que Sandrine Rabassa a tenu à assumer, à la décharge des équipes techniques, s’excusant en conférence de presse de «ne pas avoir été plus stricte face aux exigences d’un artiste. Je n’aurais pas du accepter ces conditions ou présenter le spectacle autrement» regrette-elle.


Par Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

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