Le moment de grâce de Monsieur Al Di Meola

Pendant près de deux heures hier soir Place Carnot, deux hommes. À la guitare, un virtuose, aux percussions, un magicien, et le charme était fait. Il est difficile de décrire le talent d’Al Di Meola tant celui est puissant, et coupe le souffle devant tant de grâce et de beauté. Pour ce monsieur, pas de chichis ou de prétentions quant à la mise en scène : il s’installe, brut de décoffrage, bredouille quelques mots au public, un regard complice avec son percussionniste pour assurer l’harmonie, et commence sans foi ni loi à faire valser ses doigts sur le manche de sa guitare, sans répit. Car ce sont eux véritablement qui dansent le flamenco comme une maîtresse imprévisible et hors d’atteinte. Une performance d’orfèvre, qui évitait l’écueil facile du maître imprenable donnant sa leçon avec désinvolture. Par l’alchimie qui se dégageait des deux musiciens, jouant leurs accords au corps-à-corps, et par la simplicité touteen retenue du guitariste, Al Di Meola était à la fois classe et proche, en démontre le public suspendu à ses doigts, plein d’émotion et médusé comme on regarderait un alien qui passe. Pour finir, Di Meola a achevé sa somptueuse prestation par un surprenant «She’s Leaving Home», reprise des Beatles tiré de son dernier album, pépite ultime. En première partie, Esther Nourri accompagnée de ses excellents musiciens a lancé la soirée de sa voix chaude et sans retenue. Des arrangements subtils des standards du jazz, qui ont fait décoller ce concert et réussi à dynamiser un public qui n’était pas conquis d’avance. Une chanteuse et des musiciens qui donnaient tout : «ça coule de source, c’est naturel, quelque chose que je ressens très fort et que je ne peux pas exprimer, expliquait Esther Nourri. Le jazz, c’est tellement riche, tellement libre, tu peux te balader où tu veux et tu as le droit.» Une liberté et une fraîcheur dans la maîtrise qui se ressentaient bien sur scène.


«Si on se mettait des barrières, ce serait le moment de tout arrêter!»»

Le duo toulousain Cats on Trees, qui étaient les invités du Festival Off vendredi soir, étaient d’abord présents lors d’une rencontre d’échange avec les Carcassonnais à la médiathèque Grain d’Sel. Des jeunes gens sincères et chaleureux, qui ont répondu aux questions du public, dont certaines sont retranscrites ici. Un moment d’échange avec les artistes bien trop rare lors de ce festival Off, qui rendait ce moment particulièrement agréable.Comment vous êtes vous rencontrés ?Nina : Ça s’est fait complètement par hasard, par l’intermédiaire d’amis. J’étais chez ces amis-là, et justement tout le monde attendait Yohan, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, et là Yohan est sorti de la douche, je l’ai vu et il était comme enveloppé d’une sorte d’aura, et j’ai senti tout de suite que ce serait quelqu’un qui ferait partie de ma vie. Ça a été un coup de foudre musical et amical. On a commencé à faire notre première répet et on n’arrêtait pas de se regarder, on sentait que musicalement on serait très liés, on a développé une amitié extrêmement forte au cours des années.

Pourquoi votre groupe s’appelle «Cats on Trees» ?

Yohan : A la base c’était le nom de la page Myspace, on avait commencé à faire des petites compos dans notre chambre. Et puis on trouvait au final que ce nom nous ressemblait énormément, on s’apprécie beaucoup mais on se ressemble aussi beaucoup au niveau de nos personnalités, on a beaucoup d’attrait pour tout ce qui est rêve, imagination plutôt que d’ancrage dans la vie concrète comme faire sa vaisselle ou payer ses factures. C’est une image assez poétique, ça fait un peu chat perché, des chats dans des feuilles qui regardent le monde qui les entoure, qui prennent du recul par rapport à ça et par rapport à eux-mêmes.

Pourquoi vous chantez en anglais alors que vous êtes français ?

Yohan : Pourquoi pas ?

Nina : La grande question… Souvent les gens vont même plus loin, ils nous demandent, «vous êtes toulousains, pourquoi est-ce que vous chantez en anglais ? !» En fait c’est venu assez naturellement quand on a commencé à composer nos premiers morceaux, on commence par la mélodie et les textes viennent après. Tu commences à composer et à bredouiller quelques mots qui ne veulent pas forcément dire quelque chose, cette phase on l’appelle souvent la phase du yaourt, et les premiers mots qui sont venus avaient une sonorité anglaise, et vu que ça se mariait très bien avec l’arrangement et les mélodies on s’est dit qu’on allait chanter en anglais. Après on n’est absolument pas fermés, on écoute beaucoup de choses en français et on a même commencé à chanter en français.

Quelles sont vos références musicales, les artistes que vous admirez ?

Yohan : Ah il y en a plein, on essaie de rester le plus ouvert possible à tout un tas de styles, après on a quand même des artistes de cœur, on aime beaucoup les choses avec du piano bizarrement, des artistes comme Tori Amos. On écoute pas mal d’électro aussi, le dernier Daft Punk on a trouvé ça super, les Crystal Castles, James Blake. On aime beaucoup aussi les Phœnix, surtout moi. On essaie de se nourrir aussi pas que de musique, nos textes s’inspirent principalement de nos vies, on essaie de prendre du recul par rapport à ce qui nous arrive pour devenir des personnes meilleures. On va voir aussi plein de films, plein d’expos. Tous les artistes qui s’expriment vraiment, qui se mettent vraiment à nu dans leur art ça nous touche, ça nous inspire, ça nous donne envie de nous remettre au travail les rares moments où l’on n’est pas inspirés.

Pourquoi vous avez fait une reprise de Selena Gomez ?

Yohan : C’est une bonne question!

Nina : Par amour du challenge, c’est vrai que ce n’est pas une artiste que l’on écoute tous les jours. Justement elle a un univers tellement éloigné de ce que nous faisons qu’on trouvait ça rigolo, et on sentait un potentiel mélodique très fort. Cette chanson s’intègre très bien dans le set, on arrive à la jouer comme un de nos propres morceaux, on adore cette chanson vraiment.

Vous avez un peu parlé de votre manière de travailler : vous aviez des rituels millimétrés avec des échéances fixes ou c’était plutôt en lâchant prise ?

Nina : On n’a pas de règles en fait, justement si on se mettait des échéances, des barrières, ce serait le moment de tout arrêter. Moi par exemple je fais du piano mais ça ne veut pas dire que je compose tout le piano. J’adore quand Yohan me donne des idées car il n’a pas la barrière des codes. Il va me donner des idées qui vont me sembler d’abord impossibles et puis ça crée quelque chose de différent, d’original, et pareil pour moi à la batterie, quand je lui donne des idées même si je suis très mauvaise à la batterie ! Là nos rythmes de travail ont changé depuis la tournée, vu qu’on est très peu chez nous, avant on avait le petit local chez les parents de Yohan où on répétait tous les jours. Maintenant le peu de temps que l’on a pour composer c’est pendant les temps de balance, où on lance une idée, on la joue et on improvise. On a changé un peu notre approche de la composition, on compose plus dans l’urgence mais aussi plus dans la spontanéité, et ça nous ressemble toujours.

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